monument éphémère

C’est dans une ville cosmopolite, fractale de la Chine, que nous nous infiltrons en proposant une alternative à l’uniformisation des modes de vie contemporains imposés par la globalisation. Nous faisons alors le choix d’une investigation sur le réel en nous concentrant sur la mémoire des hommes et les souvenirs d’une culture locale comme composants culturels principaux d’une communauté humaine. A ce titre, Shanghai s’avère propice à l’élaboration d’une analyse prospective au regard de sa capacité à produire, depuis toujours, des foyers de mouvements de contestations idéologiques. Extraire l’espace des ruines comme espace représentatif de la temporalité de cette ville en mutation, nous invite à réfléchir à une autre échelle dans la mégalopole. En présence de la multitude de chantiers qui éclairent les chimères du développement, nous prenons le temps de marquer une pause dans ces lieux de destructions, emblèmes d’un tissu en perpétuelle évolution. Il nous semble essentiel de saisir cet instant impalpable, ultime témoin d’un frais passé et d’un proche futur. Au sein de ces ruines, s’improvisent des scènes urbaines d’une beauté violente et crue. Ça et là, se dévoile une nouvelle tragédie : on évoque ici la tragédie urbaine dans le sens d’une accélération de multitudes de destinées qui se voient inéluctablement projetées, au gré des affaires immobilières, dans un futur incertain et vulnérable. Au hasard des maisons démolies existe un paysage fascinant, composé tantôt de maisons mitoyennes et de venelles sombres, tantôt de tas de gravas gigantesques qui ouvrent sur quantité de perspectives. Dans les Lilong en ruines, les cours éventrées laissent aux regards impudiques des scènes intimes désormais privées de toute protection. Les structures des bâtiments ainsi que les organisations intérieures sont à nu, tels des sites archéologiques de la ville contemporaine, opérant de véritables coupes dans la ville. On rencontre parfois des résistants qui s’appliquent à perpétuer des gestes qu’ils ont toujours fait ici, mais le décor a changé. Chaque affiche oubliée, linge détrempé, porte défoncée ne sont que les traces de départs précipités. La gravité est forte et pousse au silence, tandis que l’on entre dans ce lieu mystique où ne restent que des traces de vies, chaque personne ayant malgré elle laissé l’empreinte de son passage, réapparaissant dans nos esprits de par son absence. Dans un Shanghai en mutations tant spatiales que sociales, quels sont les moyens de maintenir et d’étoffer cet infime fil qui joue le rôle de trait d’union indispensable entre une culture ancestrale et un regard projeté vers le futur ? Nous proposons un monument Phénix comme allégorie d’une mémoire qui émane de la puissance créatrice omniprésente dans les ruines de Shanghai.

projet de recherche
statut: publié, exposé
type: recherche
data: 2007, 700m2
lieu: shanghai,chine
équipe: jacquier, leroux